Assises des P.-O. : 5 ans pour avoir lacéré le visage de sa belle-sœur

Me Roig a porté la voix de la victime face aux avocats de la défense MMes De Caunes et Vachet.

Le chef de tentative d’assassinat n’a pas été retenu ce mercredi contre Sara Buche, 32 ans, condamnée pour violences aggravées.

magali roig

Ce 15 décembre 2010, Sara Buche aura trouvé un avenir qui n’existait pas pour elle. Vouée à rester chrysalide et paradoxalement devenue papillon, après ce jour où elle a lacéré le visage de sa belle-sœur qui avait délaissé son frère pour partir avec son mari. « Sa destinée », ont retracé ses avocats MMes Mattieu Vachet et Laurent De Caunes, plaidant l’acte passionnel au dernier jour de son procès devant les assises des P.-O. Jusque-là, cette jeune femme de 32 ans issue de la communauté gitane « n’était que ce qu’on lui demandait d’être ». « Pas grand-chose ». Sans possibilité de s’en affranchir, par éducation et par culture. Sans autre choix que le mariage comme place réservée et comme unique meurtrière sur l’existence. Seul l’amour, dans ce milieu où, encore, « quand on aime, c’est pour la vie ». Aussi archaïque, ou aussi noble, cela paraît-il.

Quand on n’a que…
Alors, quand on n’a que l’amour… Quand il s’en va. Quand la tradition vise à protéger la réputation du clan. « Alors, tout s’écroule. La blessure est terrible . Une double rupture où une sœur et un frère se retrouvent abandonnés. » Telle une déchirure sentimentale au carré qui laisse une femme égarée. « Plus rien ». « Incapable de se projeter sans lui ». Elle, tout à la fois, « réceptacle de la souffrance de ses enfants, de son frère et de la fierté familiale ». Réceptacle des préceptes ancestraux de sa communauté. De toute l’âme gitane qui déborde des mots de cette tante appelée comme témoin. « La femme qui prend le mari d’une autre sera défigurée et aura les cheveux coupés ras. Je connaissais ce proverbe, avoue-t-elle, mais je ne l’avaisjamais vu faire. »

Alors Sara Buche devient désespoir. Vide absolu. Et, pour la première fois, violence. Elle est là, face à son ennemie jurée, peu avant Noël, à Caudiès-de-Fenouillèdes. Coïncidence ? Algarade ? Crêpage de chignons ? Qu’importe, Au nom du « code d’honneur et de l’amour ». Pour « la rendre moins désirable » ou pour effacer ce beau visage qui a pris son mari, elle inscrit le vieil adage au couteau dans la chair adultère. Des sillons de jalousie sur les joues et sur la gorge de la victime, représentée par Me Magali Roig, qui invoque la loi du Talion et réclame, œil pour œil, une peine à la mesure des séquelles et l’incarcération immédiate.

« Extraordinaire gâchis de vies »
La punition pour la femme vengeresse encore plus seule… À pleurer derrière les barreaux sur « la douleur incommensurable de ses deux enfants ». Sa vie. Sa raison soudain, de devenir une autre. Ou plutôt « elle-même ». Émancipée. Insérée. Elle trouve un travail de serveuse à Perpignan pour décrocher la liberté conditionnelle au bout d’un an de détention, élève, seule, ses fils, se fait des amis. Et prend la place qui ne lui avait jamais été donnée. Cet avenir jamais promis. « Une naissance à la société » qui a pesé mercredi dans la balance de l’avocate générale qui a sollicité une peine inattendue de 5 ans de prison dont 2 ferme à l’encontre de Sara Buche, poursuivie pour ‘tentative d’assassinat’ et encourant la perpétuité.

« Le rôle de la justice n’est pas de trouver une sanction équivalente aux blessures infligées mais une solution appropriée à une situation personnelle. J’ai le sentiment que les enfants sont des victimes collatérales, sont mêlés à des histoires qui ne concernent que les adultes. Ce sont eux, la priorité. Ce dossier est un gâchis extraordinaire de vies. Je ne sais pas si cette audience aura une vertu apaisante mais si les adultes pouvaient reprendre le sens des responsabilités ».

Après 5 heures de délibéré, le jury a finalement suivi une partie des réquisitions : requalification des faits en ‘violences aggravées sans avoir entraîné une infirmité’. Pas d’intention de tuer donc mais une peine de 5 ans de prison ferme.

Mercredi soir, l’autre Sara Buche est repartie en prison, sous les yeux de ses enfants en larmes.

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